La région de l'île de Terre-Neuve connue sous le nom de French Shore a existé sous deux aspects géographiques entre 1713 et 1904. Dans un premier temps, le French Shore s'étend du cap Bonavista à la pointe Riche, et couvre alors la plus grande partie de la péninsule Great Northern. Cette délimitation de la région, négociée et acceptée aux termes du traité d'Utrecht, demeurera ainsi de 1713 à 1783.
Pendant cette période, les Français et les Anglais se côtoient à Terre-Neuve sans conflit majeur ni grande hostilité jusqu'en 1756, année où éclate la guerre entre les deux nations. Cette absence d'hostilité est surtout due au fait que les Français concentrent leurs activités de pêche dans le secteur au nord du cap Saint-Jean, tandis que les Anglais pêchent dans les eaux au sud. Les Français s'inquiètent de plus en plus cependant de la venue des pêcheurs anglais dans les baies de Bonavista et de Notre-Dame; c'est d'ailleurs ce que ces derniers font quand les Français cessent provisoirement de venir à Terre-Neuve pendant la guerre de Sept Ans (1756 - 1763).
Les Français retournent dans la région après la signature du traité de Paris en 1763, pour constater que leur territoire est désormais occupé par de nombreux colons et pêcheurs anglais qui ne sont pas prêts à le leur rendre. Les Français soutiennent que la côte leur appartient de façon exclusive, tandis que les Anglais affirment que les deux nations ont le droit d'y pêcher aux termes du traité d'Utrecht. Ce litige ne sera d'ailleurs jamais réglé.
On essaie cependant de régler le problème une fois pour toute à la fin de la guerre de l'Indépendance américaine en redéfinissant le French Shore dans le traité de Versailles (1783). La région s'étend désormais du cap Saint-Jean au cap Ray, ce qui laisse les baies de Bonavista et de Notre-Dame aux Anglais, mais offre en contrepartie aux Français la côte ouest de Terre-Neuve. Une clause est également ajoutée qui empêche les Anglais de s'ingérer dans les activités de pêche des Français. Pour ces derniers, il s'agit d'une reconnaissance par les Anglais de leur droit exclusif de pêcher sur la côte.
Malgré le déclin de leurs activités de pêche, les Français gardent leurs privilèges sur le French Shore, sachant fort bien qu'ils possèdent là une monnaie d'échange avec les Anglais, et qu'ils font donc mieux d'attendre jusqu'à ce que la Grande-Bretagne puisse leur offrir une compensation convenable. Le gouvernement de Terre-Neuve doit participer activement aux négociations après 1857, car il ne veut pas donner aux Français un avantage quelconque dans les pêches de l'Atlantique Nord. Ces négociations portent, entre autres, sur le droit d'utiliser des appâts et la suppression de toutes les subventions aux pêcheurs français.
Au début du XXe siècle, la France et la Grande-Bretagne règlent les différends qui les opposent depuis des décennies, ce qui influe sur les relations entre les parties concernées, soit la France, la Grande-Bretagne et Terre-Neuve, lesquelles se détendent et deviennent plus cordiales. Aux termes de la convention anglo-française passée en 1904, et qui fait partie de l'Entente cordiale, la France renonce à ses privilèges de pêche à Terre-Neuve qui lui ont été conférés par le traité d'Utrecht, mais les pêcheurs de nationalité française peuvent continuer à pêcher à l'intérieur des limites traditionnelles. La Grande-Bretagne accepte d'indemniser financièrement les pourvoyeurs français qui ont des installations sur le French Shore, et cède également à la France un territoire en Afrique occidentale. La convention demeurera en vigueur jusqu'en 1972.